V
26/06/2009 23:12 par eliawe
Ça ira.
Un jour peut-être tombera-t-il ici.
Et saura que je l'aime.
Grosse vache.
J'y reviendrai.
Tout ça (tout rien) me fait penser que ça fait longtemps que je ne suis pas venue par ici, ne serait-ce que par respect pour mes deux lecteurs et demi. Du coup, comme j'écris encore un petit peu... et qu'il me reste encore du stock. (Et que y'a des jours on a envie de hurler à son monde entier que c'est étrange, d'avoir quelqu'un qui nous manque... et tout ça).
J’ai bercé contre toi la lune et ses pâleurs
Pour laisser le soleil s’effacer sur nos lèvres
Comme un soupir s’éteint dans l’aube qu’un orfèvre
A voulu esquisser pour survire à nos peurs.
C’est le temps qui sourit à l’heure de mourir
Mais puisque je t’entends détourner le silence
Il peut encore dire et délacer l’absence
Qui ronge sous les peaux de ses longs souvenirs…
A petits pas feutrés pour calmer les chemins
Agités par les vents que l’on souffle sans cesse
Contre les continents alanguis de paresse
Qui s’élèvent parfois en masques de demain…
Le soir a refermé ses grands doigts sur nos chairs
Jusqu’aux pâleurs de lune, aux ombres d’une étoile
Qui traine son épave et navigue sans voiles
Pour se perdre en un Nord où s’inventent mes airs…
Si les temps ont écrit au rebord des regards
Leurs grands traits d’agonie aux pupilles trop claires
Pour goûter aux saveurs des feux crépusculaires,
Il reste à rattraper les rires en retard !
Et si les derniers murs sont les rails effacés
Qui ne s’éloignent pas jusqu’au creux de nos villes
Il suffira d’ailer les distances fragiles
Au gré des univers que l’on a vu passer…
Car c’est là que mes mains ont tissé tous leurs cieux
En filaments de vie, à l’aiguille qui loge,
Entre le bleu des sangs, le battement d’horloge
Où se rythme mon cœur pour y trouver tes yeux.
Le jour a survécu à mes cris répétés
Lorsque, sans bruit, ma chair écartelait mes veines
Pour y laisser entrer la nuit comme une haleine
Dans le creux de ton cou aux frissons regrettés.
J’ai les chemins qui s’étouffent au fond de la gorge et les rêves qui s’en vont en catimini s’écorcher contre les peaux plus douces qui ne sauront pas les retenir. J’ai l’écho de ses yeux d’ambre tapis à l’ombre de mes veines, leurs mosaïques qui se dessinent quand le sommeil devient une idée trop abstraite. Du sel qui gèle au bord des cils.
Ce n’est pas le moment, ce n’est pas le moment…
Il me semble que j’ai froid et ma salive peut bien se givrer contre ma langue, qu’importe… puisque ma nuit s’indiffère des crépuscules qui brûlent le jours d’un regard où le soleil enfin s’absente pour que le monstre sous le lit sache enfin me revenir. Les lampadaires me veillent par ma fenêtre jamais voilée, l’obscurité m’effraye bien trop pour que je lui offre une réalité. Je préfère laisser les ombres étendre leurs bras immenses sur les murs fissurés de souvenir, et les regarder faire faire, fascinée, terrifiée, et rester immobile comme un enfant craintif ne bouge plus devant le croque-mitaine, comme un pantin reste de marbre, reste de bois entre les doigts de son marionnettiste.
Ce n’est pas le moment, ce n’est pas le moment…
J’ai appris. A dix-sept ans, la couette ne protège plus des créatures que l’on s’invente encore. Les chimères demeurent, grandissent et se font de plus en plus menaçante mais plus aucun rempart ne sait les éloigner. Et leurs griffes lacèrent, lacèrent malgré la couette que l’on serre au dessus de nous, malgré les paupières closes, devenues un instant hermétiques pour ne plus voir l’horreur que l’on s’invente. Mais c’est là que l’imaginaire prend vie, prend corps, sur la toile noire des yeux fermés, sur les ombres au fond du miroir. Et l’on frappe, et l’on griffe, et l’on mord… mais si l’on ne crie pas, le silence se mue encore.
Je passe mes nuits à la javel, pour les avoir un peu plus blanches, un peu plus courtes, un peu plus délavées, déchiquetées… Le jour m’endort une fois installé dans les profondeurs des cieux qui me surplombent.
Oh, tu sais, ce n’est pas l’heure de dormir… C’est l’heure de rêver.
Il fallait recommencer quelque part, poser ses pas où les yeux se poseront peut-être, juste un instant, trop furtivement pour saisir l’essence. Rien qu’un regard pour capturer ce qu’il ne reste pas, qu’on imagine encore un peu, pour s’accrocher aux lambeaux d’un rêve inconnu.
Je veux tout mettre en vrac. C’est ainsi que je m’y retrouve mieux.
Il reste des chemins. Et des ronces entre.
Je vais escalader les ronces, répandre leurs épines sur les chemins et m’y écorcher les pieds en éclats de vers. Juste pour avoir le cœur en écharde (et mieux l’y épingler).
(Pars pas, s’il te plait, pars pas ! crie l’enfant.)